Commission énergie du Parti communiste français

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Peppino Terpollili - prospective pétrolière et gazière planétaire - 23 octobre 2012

Lettre d'information

 
 
 

Synthèses des débats et problématiques soulevés au cours des débats et initiatives du PCF sur Énergies

Politique énergétique : L’indispensable débat

Depuis la libération et la mise en œuvre du programme du Conseil National de la Résistance, le PCF n’a cessé de débattre, de faire des propositions et d’agir en matière de production énergétique, de droit à l’énergie, de développement scientifique et technique. C’est donc « normalement » que dès le 13 mars 2011, après la catastrophe du tremblement de terre au Japon et ses conséquences sur les réacteurs nucléaires de Fukushima, nous écrivions dans une déclaration nationale : « le PCF mesure l’inquiétude qui s’exprime au sein de la population française relative au nucléaire. C’est pourquoi nous demandons qu’un important dispositif d’information au public soit mis en place… le PCF réaffirme l’importance qu’il attache aux études de sûreté nucléaire et au contrôle strict de celle-ci en France et dans le monde. L’acceptabilité sociale de la filière nucléaire nécessite que celle-ci reste plus que jamais dans le domaine public qui doit garantir la transparence, l’indépendance de l’expertise, la qualité de réalisation des installations et de leur exploitation. Les salariés qui travaillent dans ce domaine, y compris les sous-traitants, doivent avoir des garanties sociales de haut niveau ».

Depuis des mois nous préparions en fait un séminaire « Energie » qui a eu lieu le 5 mars 2011, afin d’évaluer les enjeux, les questions industrielles, les besoins et l’importance du débat public. Hervé Bramy indiquait : « avec les chocs pétroliers et surtout les sommets de Kyoto et de Copenhague, le débat public international ne cesse de s’amplifier et impacte chaque nation ».

En présence de Pierre Laurent, nous avons organisé un débat public le 29 mars en présence de nombreuses personnes, organisations et de scientifiques. Le titre était « Après la catastrophe nucléaire au Japon, quelle politique énergétique ? ».

Parmi les exigences présentées lors ce colloque, celle de l’urgence sociale et démocratique vis-à-vis des problèmes climatiques et énergétiques s’est imposée. « Les questions énergétiques, comme toutes les problématiques environnementales, ne doivent pas être réservées à quelques spécialistes, qu’il s’agisse d’experts institutionnels ou de responsables d’ONG, car ce sont avant tout des questions sociales qui impliquent des choix politiques, de société, de civilisation ».

« C’est à ce grand débat, et sans a priori, avec des approches sans aucun doute contradictoires qu’appellent le PCF et le Front de Gauche. Il faut maintenant réussir à le traduire dans ce pays comme à l’échelle internationale ».

Nous disposons de nombreuses interventions, de textes qui méritent d’être connus (1).

Où en sommes-nous

A partir des documents et des informations dont je dispose, et des débats auxquels j’ai participé, il est possible d’analyser les possibilités et les difficultés. Il est intéressant de pointer les questions ou les sujets qui reviennent le plus souvent et ceux qui ne viennent pas et qui sont tout aussi essentiels. Ainsi, au fur et à mesure, la réflexion et l’argumentation peuvent s’approfondir et prendre le plus de « hauteur » possible.

Nous ne donnons ici que quelques indications.

Notons d’abord que les rencontres et les interventions sont assez nombreuses mais qu’en réalité il y a peu de débat au sens réel du terme. Les discussions ne sont pas en rapport avec le « tapage » des médias ! J’ai comptabilisé 21 initiatives depuis le 5 mai 2011 (2).

Environ 20 camarades ont assuré les débats. Il s’agit là d’un bilan et d’un potentiel intéressant et je n’ai probablement pas toutes les informations.

Ces rencontres prennent différents formes.

Dans certains endroits des « soirées » d’études sont organisées avant de lancer le débat public (section de Marseille, fédérations des Hautes Alpes à Gap, du Haut Rhin et du Bas Rhin à Colmar, des Alpes de Haute Provence à Manosque. Dans tous les cas il y a du monde, la discussion est intéressante et elle dure plus longtemps que prévu. Parfois, nous sommes invités à des formations ou débats syndicaux (Aix, Sainte Tulle).

Des organisations du PCF au niveau local ou fédéral initient des débats publics : Arles, Portes Les Valence, Gardanne, Massy, etc.…) Ils sont le plus souvent précédé d’une distribution de tracts,

Dans au moins trois fêtes fédérales (Gard, Alpes Maritimes, Ardèche), la politique énergétique a fait l’objet d’un débat. J’ai connaissance de deux rencontres avec le « Front de Gauche » à Douarnenez et Morlaix.

Nous sommes parfois invités à des rencontres initiées par d’autres organisations : Désir d’Avenir (Raphèle Les Arles), Université du temps libre (Martigues), Etats Généraux du Nucléaire et « Gauche Avenir » (Paris).

Nous répondons positivement à toutes les demandes et sollicitations.

Mais il y aussi la volonté d’éliminer le PCF des débats comme celui de Y. Cochet, à l’Assemblée Nationale avec le PS, PG, EELV, MODEM… !

Retenons

  1.     Qu’il est important de connaître les initiatives et d’analyser les contenus.
  2. Qu’Il faut impulser des débats à l’initiative du PCF.
  3. Qu’il faut inviter d’autres organisations politiques, associations et syndicats et porter nos propositions à leur connaissance.

Sur le contenu de ces rencontres

Les soirées d’étude du PCF sont instructives. On y fait le constat que les communistes ne connaissent pas assez les propositions et les arguments de leur parti. La question de communication et de connaissance est décisive pour notre combat.

Les débats sont également très riches et de contenu élevé. Tout dépend de la qualité de la préparation et d’une diffusion très large de l’invitation. L’apport des syndicalistes présents rend la discussion beaucoup plus concrète et vivante. Il faut les inviter largement afin qu’ils interviennent.

Dans les rencontres initiées par d’autres, et où nous sommes invités, il faut donner clairement notre point de vue (même si certains ne veulent pas l’entendre). Nous avons beaucoup plus d’arguments qu’on ne l’imagine nous-mêmes et les gens « honnêtes » reconnaissent qu’ils ne les connaissent pas. Le caractère cohérent de notre politique et son contenu de classe sont notre force. Je pense en particulier à la vision mondiale et européenne. Nous nous sommes prononcés contre le traité « européen » qui aujourd’hui libéralise le secteur énergétique avec ses conséquences. (EELV n’aime pas du tout ce rappel, pas plus que le PS).

De manière générale, les gens écoutent et sont intéressés d’autant plus qu’il y a beaucoup de données dont ils n’entendent jamais parler. (Par exemple, la différence entre « risque » et « danger », ou encore que des becquerels (Bq) se mesurent et des doses se calculent, etc.).

Le PS ne s’exprime que par ses « personnalités » et essaie d’être d’accord avec EELV. (Cela sent les législatives et ressemble aux compromis(sions) comme pour l’arrêt de Plogoff et le démantèlement de Creys-Malville). Son argumentation englobe l’arrêt de la centrale du Blayais et la fermeture de Fessenheim, dans un « unanimisme » (PS-EELV-Droite). Bref c’est l’opportunisme sur fond d’arrêt du nucléaire dans les 10 (NPA) à 40 ans !? du nucléaire. Si c’était « si grave » et dangereux que cela, il faudrait arrêter tout de suite. Même à droite on parle de baisser la part du nucléaire pour l’électricité de 20 à 25%. Il faut faire la place pour les profits dans d’autres secteurs !

Dans les débats, la position d’EELV est simple : il faut arrêter le nucléaire civil, économiser et développer le renouvelable dans une conception locale et régionale (quid des réseaux ?). C’est l’urgence. Pour le pôle public on verra et pour le climat (effet de serre), il vaut mieux du gaz que du nucléaire. La suite de l’argumentation est le catastrophisme avec très souvent des données fausses.

Pour les « Verts » le débat commence quand on dit NON au nucléaire. Soit ils essaient de « perturber » nos initiatives par des interventions intempestives, voire même de distribution de tracts dans la salle… et s’ils ne peuvent le faire (car souvent la salle leur demande un peu de respect), ils partent !

Visiblement le PS et EELV ne souhaitent pas le vrai débat. D’ailleurs ils sont de plus en plus réticents et opposés sur la proposition d’un référendum; on peut tout régler au niveau des régions ! Ils agissent pour casser la cohérence avec le retraitement des combustibles qui est plus « écologique » que le stockage sur place, des nouveaux réacteurs à eau E.P.R. bien plus sûrs (d’où la bataille de Penly) et la préparation de la 4ème génération.

Une fois toutes ces difficultés franchies et elles ne sont pas minces!, nos informations sont bien reçues et d’intéressants échanges se développent autour de réelles questions. En voici quelques unes.

La politique énergétique est-elle une grande question politique? Ou se résout-elle à OUI ou NON au nucléaire? Dans la plupart des cas le raisonnement mécaniste OUI – NON n’a rien de scientifique.

Il faut pouvoir franchir ce cap pour montrer toutes les facettes des enjeux et des solutions. C’est-à-dire sortir du catastrophisme, de l’apocalypse d’une technologie que l’humanité ne peut plus maîtriser (voir le discours du pape à ce sujet). Avec ce raisonnement, il faut stopper l’exploration spatiale (les accidents mortels) et la médecine (à cause des laboratoires Servier) ?

    Quelle est la réalité des besoins ?

La prise de conscience de la pénurie énergétique dans le monde et même en France est nécessaire. L’expression abusive du «tout nucléaire» en France est un pur mensonge : 40% de l’énergie primaire et 79% de l’électricité. Ce n’est pas tout?

    Comment répondre aux besoins ?

Ici la tendance est de mettre en « équivalence » quelques éoliennes de 5 Mwe avec une centrale de 1 000 Mwe ! Quid des réseaux électriques, des avantages et inconvénients de toutes les productions énergétiques… La loi NOME est le moyen de piller ce que le service public a construit et les nouveaux compteurs vont gérer la pénurie. Il y a une grande différence entre les économies individuelles et l’amélioration de l’efficacité énergétique. La lutte contre les gaspillages (par exemple le transport inutile de marchandises, les stocks dans les camions) nécessite l’augmentation d’électricité pour le ferroutage.

  1. Les questions de politique industrielle et d’économie viennent peu. Il faut expliquer le «profit» réalisé en peu de temps pour le gaz et en 25 ans pour le nucléaire. D’ailleurs les notions de quantité et de temps sont difficiles à appréhender. C’est ainsi que certains, même à droite, pensent qu’il faut réduire la part du nucléaire pour ces raisons économiques.
  2. Même difficulté sur la question des ressources et de l’épuisement du gaz et du pétrole.
  3. Même chose pour l’uranium et la nécessité des surgénérateurs afin de multiplier par au moins 50 le potentiel énergétique des réserves actuelles d'uranium. Ce qui nous met à l'abri de la pénurie pour des centaines d’années !
  4. Vient ici le pôle public. Sa gestion, l’intervention et les droits des salariés, l’information de tous les citoyens(3).On «accumule» les morts à Tchernobyl en dehors de toute analyse sérieuse des résultats scientifiques et médicaux… Il en serait de même à Fukushima, ce qui est un «mensonge» évident. Mais il n’y aurait pas de risques chimiques? Que dire de l’agent orange au Vietnam et du scandale de Bhopal… qui tuent encore?
  5. Même chose sur les déchets. On serait submergé par un volume dangereux qui, en France, représente en gros celui de 2 piscines? Pourquoi fait-on une différence entre un toxique radioactif qui peut durer des milliers d’années (il a une période de demi-vie physique) et un toxique chimique tout aussi mortel qui dure éternellement ?
  6. On peut ajouter les explications indispensables sur les filières nucléaires, les garanties de sûreté et de radioprotection, les relations internationales (les guerres du pétrole et du gaz), le risque terroriste qui peut être bien pire dans d’autres secteurs (exemple : contamination des réservoirs d’eau, etc.)…, et comment faire face à l’augmentation de la population mondiale dans les 50 ans à venir?

Toutes ces questions et d’autres viennent dans les discussions. Je pense à celles relatives à la recherche et aux budgets.

  • ITER comme le spatial ou les nanotechnologies, feront faire des progrès dans tous les domaines. On travaille beaucoup au Commissariat à l’Energie Atomique (C.E.A.) et depuis longtemps, sur les énergies renouvelables, la biomasse, la radioprotection. Il n’est pas acceptable de laisser certains insulter les scientifiques (ingénieurs et techniciens) qui travaillent dans le secteur nucléaire. Un enseignant n’a-t-il pas le droit d’argumenter sur son travail ? De même pour le chimiste dont la filière industrielle se dégrade en France ? (cas des raffineries autour de l’Etant de Berre), etc. A-t-on oublié qu’il faut au moins 15 ans de pratique pour connaître son métier? Alors un peu de modestie chez ceux qui « savent tout » en si peu de temps ! Il en est de même des arguments de Mr Allègre sur le climat. Le scientisme n’a rien à voir avec le développement des connaissances et la lutte contre l’obscurantisme.
  • Les nanotechnologies permettent et permettront d’utiliser de nouvelles techniques pour l’isolation thermique ou le stockage de l’énergie. Ce n’est pas dans ce domaine qu’on dépense trop. Il est vrai qu’EELV est contre !!

Ce « contre tout » devient ingérable et irresponsable. Y compris contre l’hydroélectricité qui est une énergie renouvelable de qualité que l’on brade au secteur privé. (N’oublions pas les oppositions aux barrages sur la Loire contre le risque d’inondation). Il est vrai que le barrage des Trois Gorges en Chine a nécessité le déplacement de plus d’un million de personnes sur une grande surface. Il faudrait donc, vu le niveau de « risque » le détruire !

Mais pourquoi ce lourd silence sur le nucléaire militaire, ses dangers (en quoi un réacteur nucléaire dans le port de Brest est moins dangereux qu’une centrale nucléaire ?), les budgets énormes qu’il nécessite, etc. Où sont les « manifs » pour l’arrêter ? Le lien militaire-civil n’est pas automatique. Supprime-t-on la chimie qui permet la fabrication de bombes chimiques ? Ou la bactériologie à cause des bombes bactériologiques ?

Ce résumé pour souligner la nécessité d’impulser des discussions partout. Ce n’est pas une affaire de spécialiste (mais il faut acquérir des savoirs). On le voit bien si on s’explique sur la vie chère et les causes de l’augmentation des prix du fuel, de l’essence, du gaz, de l’électricité.

Le 4 pages « Arrêtons le massacre » que nous venons de produire est un excellent outil à utiliser parce qu’il explique le rapport entre l’augmentation des prix de l’énergie et la politique énergétique. Ainsi nos propositions ont une bonne écoute.

Mais on a besoin d’apprendre encore et encore pour faire face à « la guerre » idéologique et politique.

Alors rendez-vous à l’université d’été(4) (consulter le programme) et à la fête de l’Huma (5).

Luc Foulquier

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Notes

1 Pour toute information à ce sujet, contacter la Commission Ecologie : Jean Youdom : jyoudom[at]pcf.fr

2 Je ne prends pas en compte les deux débats avec la population et les élu(e)s à Rouen le 3 février 2011

3 Ce point est très important, car nous avons en France les Commissions Locales d’Information(CLI), la Commission Nationale, la loi sur la transparence, l’Institut de Radioprotection et de Sureté Nucléaire (IRSN) qui comprend 1400 personnes pour la recherche et l’expertise, l’Autorité de Sureté Nucléaire (ASN… toutes ces structures sont indépendantes…sans oublier l’Assemblée Nationale. Il n’y a pas une filière industrielle qui donne autant d’informations… et le risque chimique est du même ordre que celui du nucléaire.

Pourtant l’ASN, reconnu par tout le monde, qui dérange beaucoup les industriels et qui est un acquis des luttes pour la transparence, est mise en cause ; parce que ses directives, ou comme pour l’IRSN ses résultats scientifiques, ne collent pas avec l’objectif d’arrêt du nucléaire. C’est le cas pour le PS. Quant à EELV, ils ont leur « science »… Ce qui rappelle de « très vieux souvenirs » !

4 Université d’été du PCF les 26, 27, 28 août 2011 aux Karellis (Savoie) avec des ateliers sur l’énergie, la planification écologique, site internet « pcf.fr »

5 Fête de l’Huma : 16, 17, 18 septembre 2011
 

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