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"Les incohérences d’une transition énergétique non définie" Par Luc Foulquier et Valérie Goncalves

Les incohérences d’une transition énergétique non définie.

 

Par Luc Foulquier et Valérie Goncalves1

 

 

(7720 signes)

 

Le projet de « loi de programmation de la transition énergétique par la croissance verte » présenté par le gouvernement est marqué par des a priori idéologiques, des compromis politiciens et par une démarche libérale ; il fixe des objectifs pour les faire rentrer dans un schéma de pensée en dehors des enjeux sociaux et des réalités techniques.

Mais de quelle transition parle-t-on ? On a connu la « transition » du bois vers le charbon, l’explosion de l’utilisation du pétrole et du gaz, l’émergence de l’utilisation de l’énergie nucléaire, le développement de l’éolien, du solaire, la puissance hydraulique est de plus en plus utilisée ; mais globalement la croissance de la production énergétique s’est faire par ajout de moyens et non par arrêt.

Aujourd’hui, il s’agit de répondre, dans les décennies à venir, aux besoins de 9 milliards d’habitants en faisant décroître de manière très importante les émissions de CO2. (Le « mix » dans le monde c’est 81% d’énergie fossile), liées à l’utilisation du charbon, du pétrole et du gaz. (Les énergies fossiles représentent encore en France 69% de l’énergie finale consommée). D’où les gros efforts à réaliser en matière d’efficacité énergétique, de lutte contre les gaspillages et de production, en particulier électrique, à partir des énergies non carbonées que sont le nucléaire, le solaire, l’éolien, l’hydraulique et d’autres formes d’énergies qui méritent d’être expérimentées. Par ailleurs le transfert d’usage, c’est-à-dire le changement des sources d’énergie utilisée pour satisfaire un besoin doit être développé pour réduire les émissions de CO2. Nous savons qu’aucune « source » ne peut, à elle seule, dans les délais nécessaires, répondre à la question posée et qu’il faut un « mix » énergétique coordonné qui tienne compte des inconvénients de chaque ressource disponible. C’est le cas de l’intermittence du solaire et de l’éolien qui demande d’augmenter de manière très importante les réseaux de distribution et l’utilisation du gaz, du nucléaire qui implique au niveau national et international un ajustement permanent des règles de sécurité et de radioprotection. L’obsolescence programmée, la méthode du « jetable » plus que du « réparable » n’est pas fondamentalement mise en cause dans ce projet de loi par la mise en œuvre en grand de l’économie circulaire et du recyclage. On se contente de parler de diminution de 50% des déchets mis en décharge d’ici 2025. On est loin d’une transition. C’est compréhensible dans la mesure où « la croissance verte » doit se réaliser en fonction du profit.

Les réponses sont alors soit irréalistes, soit incohérentes.

Pour « boucler » un chiffrage de ce « mix », on affiche une baisse de 50% de la consommation en 2050 sur la base de la situation de 2012. Il y a aura d’ici là, 70 millions d’habitants en France et la demande énergétique, surtout électrique, va augmenter. Il faut en finir avec la précarité énergétique des plus démunis, de l’ordre de 8 millions en France, en sachant que 80% des ressources sont consommés par 20% de la population.

Le texte ne dit pratiquement rien sur les transports, qui sont les plus gros émetteurs de CO2 (27%) et qui consomment 95% de notre énergie, si ce n’est l’augmentation des véhicules électriques avec l’implantation de 7 millions de bornes de recharge d’ici 2030. Mais avec quelle électricité ? Comme elle ne se stocke pas et que l’éolien et le photovoltaïque sont intermittents, il faudra du nucléaire que l’on veut réduire à 50% de notre consommation d’ici 2050 ! Grâce au nucléaire, notre énergie est décarbonée à hauteur de 91%. Aucun argument ne justifie cette réduction en dehors de contraintes « électoralistes » comme l’a montré de manière constante le Parti Socialiste. On avance la nécessaire isolation des bâtiments (il y a 29 millions de logements soit environ 3 milliards de m2). Le Président de la République annonce 500 000 logements isolés d’ici 2017 ! A ce rythme, il faudra un siècle ! Qui va payer et avec quel budget ? Le coût minimum en est de 250€ le m2. Faites le calcul ! À noter que le bâtiment a perdu 60 000 emplois en deux ans.

En quoi l’ouverture à la concurrence des concessions hydrauliques, au nom de l’Europe, va aider cette transition ? Si ce n’est contribuer à faire augmenter le prix de l’électricité.

A ce stade, rien n’indique que l’on pourra diminuer de 30% d’ici 2030 l’utilisation des énergies fossiles et de 40% les émissions de gaz à effet de serre. On fait alors le pari de pouvoir passer à 32% d’énergies renouvelables (13,7% à ce jour) en 2030. Sans discussion, on lance partout des appels d’offre pour du solaire et de l’éolien offshore. Visiblement c’est rentable pour certains gros fournisseurs. Pendant ce temps, on perd la maitrise d’Alsthom. Mais qui va payer ce surcoût ? C’est le consommateur par l’intermédiaire de la CSPE (Contribution au Service Public de l’Électricité).

On entre dans la spirale d’augmentation des prix comme c’est le cas en Allemagne qui, au passage, ne fait qu’augmenter sa consommation de charbon (voir tableau)... et qui doit assurer 1800 km de réseau de plus pour apporter l’énergie éolienne du Nord vers le Sud. Bel exemple de besoins de maillage national et européen qui ne peut se résoudre au niveau local.

Mais il est vrai que « la loi NOME » qui oblige EDF à vendre à bas prix son énergie nucléaire au profit de ses concurrents va se poursuivre !

N’y aurait-il pas en réalité, derrière les chiffres, une autre cohérence qui consisterait à la mise en cause du service public, à organiser la concurrence avec l’augmentation des prix pour les populations et celle des profits et de la rentabilité du capital pour le patronat ? C’’est la voie de « la croissance verte » où le capital gagne à tous les coups.

Par ailleurs, la désindustrialisation, la décroissance économique et sociale, l’austérité, le chômage et la baisse du niveau de vie de la majorité des gens se poursuivent, ainsi va-ton peut-être réaliser les objectifs déclarés ? Pour les financements « publics », on verra où trouver 10 à 20 milliards avec l’aide des contrats de plan Etat-régions dans la nouvelle « géographie » territoriale.

L’indépendance énergétique de la France, son potentiel de recherche et d’innovation en pâtira. C’est déjà le cas avec la diminution des budgets de la recherche dans les universités, au CNRS, au CEA et à l’IRSN.

Où est la planification écologique sur le long terme qui dépasse largement quinze ans en matière énergétique ? En réalité le gouvernement a choisi un scénario à haut risque en phase avec l’ensemble de sa politique de droite et qu’il assume.

On sous-estime totalement le fait qu’on ne sait pas stocker de manière importante l’électricité ! La modernisation des réseaux va demander 30 milliards d’euro. Au niveau national, les concessions électriques excédentaires représentent 20% et les déficitaires 80% qui sont surtout dans les secteurs ruraux. D’où l’idée d’augmenter le renouvelable pour renflouer les caisses de quelques communes. On perd toute cohérence nationale.

Tout cela est incompatible avec une politique sociale, un véritable service public, un bon statut du personnel et l’efficacité et la qualité dans le travail effectué.

 

Cette « transition » nous met en danger de régression.2

 

 

Tableau – Le « mix » allemand du premier semestre 2013 – d’après F. Laurent

[« Progressistes » n° 4 – avril – juin 2104 – p. 10-11]

 

Charbon 52,0%

Gaz 9,0%

Nucléaire 18,0%

Solaire 5,7%

Éolien 8,9%

Autres 6,4%

 

 

1 Luc Foulquier est membre de la commission Ecologie du PCF. Valérie Goncalves est membre du Conseil national du PCFet responsable de la commission nationale de l’énergie

 

2 Voir aussi, dans Progressistes n°5 (juillet août septembre 2014), l’article de Valérie Goncalves : « Projet de loi gouvernemental France : quelle transition énergétique ? »

http://progressistes.pcf.fr/sites/default/files/progressistes_ndeg5_juillet_aout_septembre_2014.pdf

 

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